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Mardi 04 décembre 2007

Interview de Thierry Chambolle, président de la Commission « Environnement » de l’Académie des Technologies , conseiller pour le développement du président de Suez et l'un des parrains des Entretiens de Margaux 2007 : "le marché mondial de l'environnement et de l'énergie durable est de plus plus important. Il ne suffit pas d'avoir deux champions mondiaux,Veolia Environnement et Suez environnement. Il faut aussi une cohorte de TPE, PME et de moyennes/grandes entreprises"...

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OSEO - Le Président de la République a annoncé à l’issue du Grenelle de l’environnement un programme d’actions dont certaines nécessitent des technologies qui restent à mettre au point. Vous semblent-ils que les réseaux de l’innovation soient aujourd’hui en état de relever ce défi ?

Thierry Chambolle - Oui. Comme je l'ai indiqué dans le rapport sur les écotechnologies et les écoentreprises que j'ai remis au Premier ministre (cf. site ecologie.gouv.fr) à la fin de l'année 2006, les mesures adoptées ces trois dernières années ont profondément transformé l'organisation de la R&D, notamment en ce qui concerne la recherche partenariale entre entreprises et organismes de recherche. Citons la création de l'ANR qui s'est rapidement imposée comme un acteur majeur du soutien public à la recherche publique et privée, la mise en place des pôles de compétitivité, la constitution d'OSEO - à partir du regroupenent de l'ANVAR, de la BDPME et de SOFARIS-, la creation de l'AII, en voie de rapprochement avec OSEO, l'institution du Label Carnot qui incite les organismes publics de recherche à développer leurs partenariats avec les entreprises. Dans tous ces dispositifs, la place faite aux écotechnologies va croissant. Je suis donc confiant dans la capacité des réseaux de l'innovation à relever ce défi, même s'il faut conserver la préoccupation d'impliquer davantage les PME. La prise en charge par OSEO d'un homme ou d'une femme "innovation" dans les PME qui le souhaitent est un élément essentiel qui doit être encore renforcé.

OSEO - Le principe d’écoconception vous semble-t-il suffisamment pris en compte aujourd’hui dans les politiques publiques de soutien à l’innovation ?

Thierry Chambolle - Le principe de l'écoconception concerne d'abord les entreprises. C'est à elles qu'il revient dans leur processus de production, d'invention de nouveaux produits et de nouveaux services, d'appliquer ce principe. Mais bien sûr, les politiques publiques peuvent amplifier ce mouvement : commande publique, information du consommateur, incitations aux PME. Pour donner un exemple, le code des marchés publics assigne maintenant aux acheteurs publics la mission d'oeuvrer en faveur du développement durable à travers leur politique d'achat. La mise en oeuvre est pour le moins délicate, dans un contexte où le risque pour un acheteur public d'être suspecté de favoritisme n'est pas négligeable. De même, s'il est communément admis que dans les constructions publiques il faudrait comparer les projets en tenant compte non seulement du coût de la construction mais aussi de l'entretien et du fonctionnement sur plusieurs années, comment règle-t-on la prise en charge du surcoût initial dans une comptabilité publique qui sépare rigoureusement ces deux types de dépenses ? Il y a donc beaucoup de progrès à faire au niveau de la commande publique pour soutenir davantage l'innovation, alors que c'est manifestement un levier très puissant.

OSEO - Il y a un peu plus d’un an, vous remettiez au Premier ministre un rapport contenant « des propositions opérationnelles pour stimuler la création et le développement d’entreprises capables d’apporter des réponses technologiques aux défis environnementaux ». Parmi ces propositions lesquelles vous semblent les plus pertinentes aujourd’hui ?

Thierry Chambolle - J'ai fait dans ce rapport une cinquantaine de propositions d'importances diverses. La première mesure porte sur une prise de position claire et forte du Gouvernement sur la priorité à donner à ce secteur des écoentreprises. Malheureusement le Grenelle de l'Environnement n'est pas très explicite sur ce sujet, sans doute parce que les "écoentrepreneurs" n'y étaient pas représentés et parce que les écologistes ont d'autres priorités. Le marché mondial de l'environnement et de l'énergie durable est de plus plus important. Il ne suffit pas d'avoir deux champions mondiaux,Veolia Environnement et Suez environnement. Il faut aussi une cohorte de TPE, PME et de moyennes "grandes entreprises". La décision de la Caisse des Dépôts et du CEA de reconstituer un fonds d'investissement "early stage" à hauteur de 60M€ dans les écoentreprises va dans le bon sens. Mais il serait aussi urgent d'engager dans le secteur du bâtiment un programme de formation à l'isolation thermique et aux énergies renouvelables (PAC, solaire thermique et photovoltaique,.....). Enfin si l'irritante question des délais des paiements publics était réglée, ce serait un progrès considérable pour les PME, sans même qu'il soit nécessaire de mettre en place l'équivalent d'un "small business act".

OSEO - Ces dernières semaines les cours du pétrole brut ont battu des records historiques. Cette situation vous semblent-elles de nature à accélérer les ruptures nécessaires au fonctionnement d’une économie de l’après pétrole ?

Thierry Chambolle - Oui bien sûr, l'augmentation des cours du pétrole brut ouvre de nouvelles perspectives à des technologies insuffisamment rentables avec un prix du pétrole faible. Le problème est celui de le prévisibilité. On voit bien les conséquences graves des montées brutales du prix du pétrole pour un certain nombre de professions très dépendantes encore des énergies fossiles. On mesure moins bien les conséquences fâcheuses des baisses. Il serait souhaitable non seulement d'internaliser dans le coût du pétrole un coût du CO2 représentatif de l'impact des émissions et du coût des mesures compensatoires, mais encore de lisser ce coût complet pour modérer les hausses comme les baisses et conserver ce coût à l'interieur d'un fuseau de pente croissante .Easier said than done!. Beaucoup de groupes de travail y réflèchissent. La difficulté est bien sur d'instituer un tel système sans nuire à la compétitivité de notre économie,vis à vis d'économies plus "court-termistes"

Propos recueillis par Pierre Magnetto (Naja Presse).

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