Mardi 13 avril 2010
Créée en 1999 par un ancien de chez Sanofi, la société Cytheris développe une molécule dont la propriété est de renforcer les défenses immunitaires. L’arrivée du médicament sur le marché ne se fera pas avant 2013 : parcours exemplaire d’une biotech.
Cytheris suit un parcours parfaitement jalonné comme la plupart des entreprises de la filière des biotechnologies appliquées à la santé. Son champ d’intervention est celui de l’immunologie.
Depuis sa création en 1999,l’entreprise travaille sur la reconstitution des défenses immunitaires à partir d’une protéine endogène, l’IL-7 (interleukine 7) et d’une technologie nouvelle, l’immunomodulation. Cette dernière, venant en complément des traitements propres à chacune des pathologies atteignant le système immunitaire (HIV, cancers, maladies infectieuses…) permet de réguler la reconstitution des défenses immunitaires en fonction des besoins des patients.
L’anecdote, mais elle est aussi révélatrice de la restructuration que connaît l’industrie pharmaceutique depuis quelques années, est que la molécule appartenait à Sanofi.
La big-pharma qui ne souhaitait pas la développer l’a confiée à un de ses chercheurs, Michel Morre.
Ce dernier est parti fonder Cytheris moyennant un accord de licence sur la future exploitation de ce qui est devenu depuis un candidat médicament qui a déjà fait l’objet de deux brevets aux Etats-Unis et en Europe.
« La première étape de notre développement a consisté à mettre au point un procédé de fabrication industriel de la molécule », raconte Bertrand Vannier, le directeur financier et administratif de la société. Puis, est venu le temps des essais in vitro sur des cellules animales, suivi de celui des études pré-cliniques sur des animaux afin de tester la tolérance à la molécule et son efficacité. Cythéris a pu ensuite passer à des essais de phase 1 pour évaluer les effets secondaires de son futur médicament sur des sujets humains et sains.
Actuellement, plusieurs études internationales de phase 2 sont en cours sur le Sida (France, Italie, Canada, Etats-Unis), sur l’hépatite C (France, Italie, Suisse, Taïwan), sur le cancer avec National Cancer Institute (NCI) aux Etats-Unis et l’hépatite B. « Il s’agit toujours de la même molécule utilisée pour renforcer les défenses », précise Bertrand Vannier.
La conduite de ses diverses étapes a nécessité d’importants moyens de financements.
L’entreprise a réalisé u ne première levée de fonds en 2002 auprès de capitaux-risqueurs pour 7 M€. Un deuxième tour de table lui a permis de lever 24 M€ en 2006. Elle en prépare aujourd’hui un troisième pour la fin du premier semestre 2010 au cours duquel elle souhaite lever 12 M€ auprès des 7 capitaux-risqueurs qui l’ont suivie jusqu’ici : 4 français, 2 canadiens et 1 hollandais.
Les besoins en financement ont aussi conduit Cytheris à s’adresser à OSEO. La banque publique a mis en place ses dispositifs d’aide à l’innovation, mais elle participe aussi au financement des études cliniques en cours pour 3,5 M€. « De par la crédibilité de son label « entreprise innovante », de par son soutien financier et son accompagnement, OSEO est un partenaire indispensable » , affirmait récemment Michel Morre. Cytheris bénéficie également de revenus issus du Crédit impôt recherche, environ 1 M€ par an.
Le parcours de Cytheris est aussi jalonné de partenariats scientifiques. Le NCI, l’ Institut Pasteur, le CEA, des institutions universitaires et hospitalières lui permettent de mener à bien ses travaux. Basée à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine, elle possède une filiale américaine Cytheris inc. « Nous espérons une première autorisation de mise sur le marché pour le traitement du Sida en 2013 », confie Bertrand Vannier.
L’entreprise aura vu le jour depuis 14 ans à cette époque sans réaliser de chiffre d’affaires. « Mais, prévient le directeur financier, nous sommes sur un marché potentiel évalué à 1Md$ (736 M€) en chiffre d’affaires annuel ."
La société est basée à Issy-les-Moulineaux et possède une filiale à Rockville (MD, Etats-Unis).