Jeudi 26 février 2009
Promouvoir une certaine idée du design...
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Anne-Marie Boutin préside l’Agence pour la Promotion de la Création Industrielle (APCI), créée au début des années 80. Sa mission est de promouvoir le design, auprès des entreprises, du grand public et des pouvoirs publics, mais une certaine idée du design... |
Le design ne constitue pas une approche cosmétique qui doit arriver en fin de parcours pour «l’habillage» d’un produit. Il s’agit avant tout d’une démarche créative qui part de l’analyse de la réalité centrée sur l’individu.
Charlotte Périllon disait toujours que le sujet du design, ce n’est pas l’objet mais l’individu. Quand quelqu’un lui demandait des conseils pour aménager son intérieur, elle commençait par aller chez cette personne pour y compter les draps, les chemises, les chaussures, les assiettes… Elle disait, « je ne fais du design que pour répondre à une question concrète qui est matérielle et non pas abstraite ».
En d’autres termes, le design, c’est de la créativité mais ce n’est pas de l’art gratuit. C’est ce qui fait qu’un objet va être étudié en fonction des différents acteurs qui vont s’en servir : l’utilisateur, l’usager, le responsable de la maintenance, le distributeur… L’objectif est de trouver un optimum entre les préoccupations des uns et des autres pour rendre le produit plus ergonomique, plus sûr, et éventuellement moins cher.
Il s’agit d’une idée reçue. Le design peut aussi permettre de diminuer les prix de revient et les prix de vente des produits afin de les rendre accessibles à tous. De plus en plus de fabricants et de distributeurs conçoivent les choses de cette manière car cela leur permet, par exemple, d’utiliser moins de matières premières, moins de pièces, de réduire leurs coûts de transports...
Dans le domaine des équipements sportifs par exemple, l’Observeur du design a plusieurs fois primé Décathlon pour sa gamme de vélos B’Twin ou ses tentes Quechua, parce qu’il s’agissait d’objets dont la conception prenait en compte à la fois les usages, les coûts et l’esthétisme.
L’approche design qui consiste à partir de l’individu peut-être utilisée pour répondre à des enjeux nouveaux. C’est le cas, par exemple, du développement durable.
Il y a 20 ans, on considérait que faire du design, dans ce domaine, consistait simplement à fabriquer de beaux objets avec des matériaux recyclés. En réalité, l’apport du design aujourd’hui réside dans la nécessité de proposer de nouveaux objets ou services, ou des services remplaçant des objets comme c’est le cas avec les services de vélos en libre accès dans les villes. Ce sont des services issus d’une réflexion globale.
En fait, le métier de designer est devenu stratégique. De plus en plus d’entreprises l’intègrent au niveau de leur stratégie parce que cela peut leur permettre d’imaginer de nouvelles propositions pour l’avenir, d’être toujours un peu en avance. Et puis, le design est aussi, pour elles, un facteur de cohérence des produits, des objets ou des services qui leur permet d’aller plus vite dans l’innovation.
Le designer est une tête chercheuse qui prend des éléments partout pour s’en inspirer. Faire du design, c’est entrer dans une démarche pluridisciplinaire, une approche de projet.
En France, la culture de projet n’est pas très forte, mais on s’aperçoit, de plus en plus, qu’elle est indispensable si on veut aller vite et innover. Le designer est un médiateur entre de nombreuses disciplines, des disciplines « dures » comme celles de l’ingénierie, des matériaux ou des process industriels et des disciplines plus anthropomorphiques comme l’ethnologie, la sociologie, la psychologie, la philosophie. C’est la capacité de faire du lien entre tout ça, de penser un peu différemment qui va apporter quelque chose de nouveau, donc de nouveaux marchés, mais aussi une motivation en interne au niveau des équipes.